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Base aérienne 112 Reims-Champagne : 542 hectares, des Mirage F1CR et un site en reconversion

Pierre Fournier 7 min de lecture
Ancienne piste de la base aérienne 112 reims champagne à Courcy, bitume fissuré

La base aérienne 112 Reims-Champagne, aussi appelée base aérienne Commandant Marin La Meslée, a occupé une place importante dans l’histoire militaire et aéronautique de l’agglomération rémoise. Installée au nord de Reims, elle a notamment accueilli des unités de reconnaissance aérienne tactique avant sa dissolution le 1er juillet 2011. Son ancienne emprise fait désormais l’objet de projets fonciers, agricoles et audiovisuels.

Repères essentiels pour situer la BA 112

La BA 112 se trouvait sur une vaste plate-forme aéronautique répartie entre les communes de Bétheny, Courcy et Brimont, au nord de l’agglomération de Reims. Cette implantation s’inscrit dans une région où l’aviation s’est développée très tôt, avec une activité militaire et une mémoire locale liées aux pionniers de l’air.

Élément Repère
Appellation Base aérienne 112 Reims-Champagne
Nom traditionnel Base aérienne Commandant Marin La Meslée
Emprise 542 hectares
Communes concernées Bétheny, Courcy et Brimont
Piste principale Environ 2 450 mètres, orientée est-ouest et au format OTAN
Fermeture Dissolution le 1er juillet 2011

Avec 542 hectares, le site dépassait largement le cadre d’une simple piste et de quelques hangars. Il comptait près de 14 kilomètres de clôtures et disposait d’une piste d’environ 2 450 mètres, adaptée aux opérations aériennes de grande ampleur. La base était aussi liée à une dizaine de points isolés rattachés, répartis dans un rayon d’environ 100 kilomètres.

Une histoire aéronautique qui précède la base moderne

Pour comprendre la place de la BA 112 dans le territoire rémois, il faut distinguer l’histoire de l’aéronautique locale de celle de l’administration militaire. Des escadrilles sont créées à Reims dès 1912, puis une école d’aviation s’y installe en 1913. L’aérodrome de Reims-Champagne est ensuite aménagé à Courcy en 1925.

Du terrain de Reims-Champagne à la recréation de 1944

En 1938, le terrain bénéficie du soutien du bataillon de l’Air 112. La base aérienne 112 est dissoute le 2 septembre 1939, dans le contexte de la mobilisation, avant d’être recréée le 16 octobre 1944. Ces dates ne décrivent pas toutes la même étape : certaines renvoient à l’aménagement du terrain, d’autres à la création ou à la réorganisation de la base militaire.

Cette succession explique les différences que l’on peut observer dans les récits consacrés au site. L’histoire aéronautique de Reims commence avant la forme administrative moderne de la BA 112 et se poursuit à travers plusieurs phases d’occupation, de transformation et de réorganisation.

Un nom associé à la mémoire militaire

L’appellation Commandant Marin La Meslée rattache la base à la mémoire de l’Armée de l’air. Le site était aussi un lieu de travail et de vie pour les militaires, les personnels civils et leurs familles. Avant la fermeture, les effectifs mentionnés atteignaient 1 400 militaires et un peu moins de 100 personnels civils. D’autres estimations évoquent jusqu’à 3 000 militaires et civils selon les périodes et les activités prises en compte.

Reconnaissance tactique : les unités et les Mirage F1CR

La mission qui a durablement associé la base aérienne 112 Reims-Champagne à l’histoire militaire est la reconnaissance aérienne tactique. Elle consistait à recueillir et à transmettre des informations utiles à l’évaluation d’une situation, à la prévention des crises, à la protection des forces et à leur projection.

Les escadrons 01.033 Belfort et 02.033 Savoie

À partir de 1994, la BA 112 accueille notamment les escadrons de reconnaissance 01.033 Belfort et 02.033 Savoie. Ces deux unités mettent en œuvre environ 40 aéronefs au total, avec près de 20 Mirage F1CR par escadron. Leur activité repose sur une organisation complète, qui associe équipages, préparation des missions, transmissions, contrôle et soutien technique.

L’escadron 01.033 Belfort est dissous le 24 juin 2010. Cette décision intervient peu avant la fin de l’activité aérienne militaire sur le site et marque une nouvelle étape dans le retrait progressif des unités stationnées à Reims.

Le Mirage F1CR, un appareil de reconnaissance

La première version du Mirage F1 entre en service en 1973. L’appareil accompagne alors plusieurs générations d’aviateurs. Dans sa version Mirage F1CR, il est adapté aux missions de reconnaissance. Son utilisation dépend des équipages, mais aussi de toute une chaîne de préparation, de contrôle, de maintenance périodique et de soutien technique.

Une base aérienne fonctionne comme un ensemble organisé autour de plusieurs espaces complémentaires. La piste est la partie la plus visible, avec les décollages, le roulage et les appareils. Les hangars, les ateliers, les transmissions, les zones de stockage, la sécurité et la planification sont moins visibles, mais indispensables au fonctionnement quotidien du site.

Cette organisation permet de comprendre pourquoi la reconversion d’une ancienne emprise militaire est complexe. Réutiliser une piste ou un bâtiment ne suffit pas. Chaque zone a été conçue pour des flux précis, des contraintes techniques et des niveaux de sûreté particuliers.

La fermeture de 2011 et la nouvelle vie du foncier

La dissolution de la BA 112 le 1er juillet 2011 a mis fin à une présence militaire ancienne dans le nord de Reims. Une fermeture de cette ampleur libère une emprise très vaste, tout en posant plusieurs questions concrètes : quels usages retenir, comment entretenir les infrastructures, quels accès conserver et comment accompagner les communes concernées ?

En 2014, le foncier est rétrocédé aux collectivités. Les réflexions portent alors sur plusieurs possibilités, notamment des usages agricoles et des projets de développement. Il faut aussi déterminer quels éléments du patrimoine aéronautique peuvent être conservés et comment donner une fonction durable à un espace qui ne répond plus aux besoins de l’Armée de l’air.

Un projet tourné vers la production audiovisuelle

L’ancienne base est également retenue pour un projet de studios et de décors de cinéma. Une société de production prend contact en 2018, puis Mediawan annonce l’acquisition de 45 hectares. L’investissement annoncé atteint 80 millions d’euros sur cinq ans. Le projet prévoit 17 400 m² de plateaux, dont deux tiers neufs, un peu plus de 22 000 m² de locaux pour les loges, les bureaux, la restauration et le stockage, ainsi que 28 000 m² de décors extérieurs permanents.

Le choix du site repose notamment sur sa proximité de Reims, de sa gare et des grands axes. Il est présenté à environ dix minutes du centre-ville et de la gare. Les espaces individualisés et sécurisés, annoncés dans des surfaces allant de 150 à 2 000 m², doivent permettre d’isoler les équipes, de construire des décors, d’entreposer du matériel et d’organiser plusieurs tournages.

Ces données décrivent un projet de transformation et les annonces qui l’accompagnent. Elles doivent être distinguées de son avancement concret, qui dépend des étapes foncières, techniques et administratives. La reconversion audiovisuelle s’ajoute ainsi aux autres usages envisagés pour l’ancienne emprise.

Préserver et consulter la mémoire de l’ancienne base

La disparition de l’activité militaire n’efface ni les archives ni les traces matérielles du site. L’histoire administrative de la BA 112 est conservée par le Service historique de la Défense, notamment dans la sous-série 79F. Ces documents peuvent intéresser les chercheurs, les anciens personnels, les familles et les personnes qui étudient l’histoire locale.

Les archives permettent de suivre les évolutions de l’organisation, des unités et du fonctionnement de la base. Elles complètent les photographies, les témoignages et les repères topographiques nécessaires pour comprendre la transformation de l’emprise au fil du temps.

La mémoire du site passe aussi par le Musée de la Base aérienne 112 et de l’Aéronautique locale, ainsi que par les actions de médiation et les rendez-vous patrimoniaux associés à la base. Pour étudier ce patrimoine avec précision, il est utile de croiser les sources administratives avec les documents conservés localement.

L’ancienne BA 112 reste ainsi liée à plusieurs dimensions de l’histoire de Reims-Champagne : l’aviation, la défense, la vie professionnelle des personnels, l’aménagement du territoire et la reconversion d’un vaste foncier militaire. Son passé se lit dans les dates, les unités et les avions, mais aussi dans les archives et les projets qui cherchent à donner un nouvel usage au site.

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